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Fe(no)men médiatique et enfumage généralisé…

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Un beau jour d’Août 2012, le monde entier a connu une épiphanie « féministe » suite à l’arrestation des trois membres du groupe « Pussy Riot » suite à une manifestation anti-Poutine.

Déjà les trois nanas prennent direct deux ans de prison pour en gros « provocation publique », ça laisse songeur quant aux qualités de grand démocrate du tsar dirigeant russe, alors premier ministre.

Et ça c’est assez facile pour faire réagir.

Et puis surtout c’est l’occasion pour beaucoup, pour l’immense majorité même des gens qui s’en foutent pas mal des différents combats féministes dans le monde, de découvrir de superbes créatures paradant les seins nus, revendiquant l’affiliation des Pussy Riot à leur cause, bref, les Femen.

Perso, et alors que j’en ai un peu quelque chose à foutre du féminisme, j’ai fait comme tout le monde, c’est à ce moment là que je les ai découvertes.

Sauf que contrairement à une bonne majorité de gens autour de moi je n’ai pas trouvé ça transcendant ou révolutionnaire, et j’ai commencé à me poser des questions.

A vrai dire j’ai trouvé que ça sentait l’enfumage dès le départ, c’est à dire quand les nanas de Pussy Riot ont commencé à faire savoir par la voix de leurs avocats qu’elles n’appartenaient en aucune façon aux Femen, et ne souhaitaient pas plus que ça les voir opérer à de nouveaux happenings en leur nom et soutien, que ce soit en Russie ou partout ailleurs dans le monde, puisqu’une épidémie de seins nuïte aïgue frappait dès lors les actions féministes en Europe et globalement dans le monde occidental.

Et pas que d’ailleurs parce-que ce très vieux nouveau mode de protestation recevait ses galons d’honneur dès lors que de jeunes tunisiennes choisissaient d’affronter la tyrannie islamiste à la barre de la récupération du printemps arabe en s’exposant seins nus pour défendre leur liberté de penser et de dire.

Faut avouer, ça avait une certaine gueule…

Sauf que…

Alors par où commencer ?

Par le commencement, c’est pas trop mal… Ayant coutume de me réclamer du slogan « Ne me libère pas, je m’en charge », je vous avoue que le premier point qui me fait tiquer sur les super-héroïnes du féminisme 2.0 c’est le fait que leur création vient de l’initiative… d’un homme… Un champion du journalisme et de la communication ukrainien (tiens, c’est marrant, ça rappelle vaguement le parcours de cette très chère Inna Shevchenko) qui a littéralement procédé à un casting pour lancer le mouvement. Ben oui le féminisme par des grosses ou des moches ça le fait pas, forcément…

Histoire qu’on ne m’accuse pas de faire de la mésinterprétation ou de la manipulation, je cite ici directement Victor Svyatski (le bonhomme en question) qui a une vision décidément géniale du combat féministe : « Elles n’ont pas la force de caractère nécessaire. Elles n’ont même pas le désir d’être fortes. A la place, elles montrent de la soumission, un manque de courage et de ponctualité et d’autres défauts qui les empêchent d’être des vraies activistes politiques. Ce sont des qualités qu’il faut vraiment leur enseigner. »

Un brave homme vous dis-je…

Comment vous dire que le principe, le bonhomme et ses déclarations me provoquent de l’urticaire à peine son nom mentionné ?

Pour continuer, je voudrais évoquer un point que je ne reproche pas qu’aux Femen, qui est pour moi un fondamental de l’engagement politique : quand on embarque des personnes mues par l’énergie de leur conviction pour accomplir une action, pour se mettre en avant voire souvent se mettre en danger, on a une responsabilité dans la bataille qu’elles mènent, et ON NE FAIT PAS N’IMPORTE QUOI !!! (coucou l’AIT)

Je m’explique : j’évoquais tout à l’heure  le combat fort légitime et courageux de jeunes femmes tunisiennes en 2013 contre l’islamisation du printemps arabe. La jeune Amina Sboui (personnalité plus que trouble par ailleurs, et dont la suite du parcours militant n’est vraiment pas brillante) s’est vue soudain soutenue par trois femen, deux françaises et une allemande (ça aussi on va y revenir) venues manifester seins nus à Tunis pour la liberté de leur camarade.

Résultat, trois jeunes femmes emprisonnées, et pour le coup lâchées par les copines qui une fois passé un coup de fil à l’avocate de l’orga ont disparu pour ne plus soutenir en aucune façon leurs copines qui avaient pourtant répondu à leur appel à la solidarité.

C’est pas jouli jouli tout ça…

Pour rappel, quand on implique du monde, quand on transmet des messages, des méthodes etc, on ne lâche pas les gens seuls en pleine nature !

D’un autre côté, la solidarité et l’exemplarité n’ont jamais, jamais, jamais induit l’idée qu’on va agir à la place de… Le côté « nous européennes allons apprendre à ces barbares arabes islamisés ce que veut dire le mot féminisme » euh… Ca a des sales relents colonialistes dans l’âme tout de même.

Et puis ce n’est pas une affaire d’une seule fois… Cela dit évidemment quand on repense à la fondation du groupe on se dit qu’il y a une certaine cohérence là dedans.

Passons à une autre facette des FEMEN, sans doute ma préférée : celui des amitiés particulières…

Allez, on se fait plaisir, petit florilège :

Ma chouchoute, toutes catégories confondues : lauréate six années d’affilée du prix du « plus c’est gros plus ça passe », égérie de l’islamophobie bien pensante, j’ai nommé… CAROLINE FOUREST ! Alors un peu comme quand je parle de Soral, je ne souhaite pas faire la moindre pub à cette sinistre conne, je vous prierai donc d’aller faire vos recherches complémentaires par vous-même (c’est plus sain pour le cerveau en plus), mais pour résumer les liens entre les deux sachez que les actions de CF au moment de la manif pour tous étaient systématiquement organisées avec les FEMEN, avec tout l’art médiatique dont les unes et l’autre savent faire preuve. Quant à la question de savoir si au fond on n’est pas quand même avec elles parce-que c’est bien de s’en prendre à la manif pour tous, la réponse est NON ! Je ne soutiens pas Le Pen quand il dénonce le Betar, je ne soutiens pas la LDJ quand elle dénonce des actes antisémites, non les ennemis de mes ennemis ne sont pas nécessairement mes amis, excusez-moi de revendiquer d’exercer mon esprit critique, merde !

Deuxième copain choupinou (ah je précise que Shevchenko a démenti être sa chérie, mais le lien lui existe bel et bien), l’inénarrable David Serra, un gars sympathique et pas du tout du tout roulant pour l’extrême-droite, pensez-vous ! Pas comme si « La France Orange Mecanique » avait servi de livre de chevet à La Pen qui en avait même fait l’éloge dans une formidable video pleine d’amour pour son prochain noir ou reubeu sur YouTube. (ça non plus je ne fournis pas le lien, c’est sale !)

Et puis je ne reviens pas sur le merveilleux ami des femmes qu’est Victor Syvatski, mais disons que ses intérêts en Ukraine ne sente pas franchement l’humanisme et la probité absolue.

Alors islamophobes, fricotant de près avec l’extrême-droite, castées et dirigées par un homme d’affaire louche, c’est déjà un joli palmarès pour mes super copines…

Mais il y a un dernier point sur lequel je voudrais ouvrir la discussion…

On entend souvent la critique du « féminisme », mais c’est oublier à quel point il existe bel et bien DES féminismes, dont les arguments ne coincident pas nécessairement et peuvent même se trouver en radical désaccord, il existe bien des manières de revendiquer, de militer, de lutter, et simplement d’exister pour une majorité d’entre nous.

Je prend un exemple : Fourrest se revendique féministe, pour elle ça passe nécessairement par la validation d’une prébende islamophobe qui est pour moi contraire à ma conception de la lutte.

Elizabeth Badinter vient donner des leçons de féminisme dans toutes les émissions qu’elle souhaite, drapée dans sa légitimité bourgeoise et médiatique (ah, tiens, et islamophobe aussi), je ne me reconnais ni dans sa lutte ni dans ses analyses.

Je revendique l’idée du féminisme lutte de classe, analysant conjointement la domination masculine et celle du capitalisme, convaincue que nos intérêts sont tout à la fois ceux de la classe des travailleurs, mais surtout des travailleuses, une classe avant tout internationale et dans laquelle je revendique ma communauté d’intérêts avec la femme chiapequi, la palestinienne voilée luttant contre l’occupant sioniste, la combattante communiste kurde, ma copine de bar qui comme moi demande juste la liberté de sortir de chez elle pour aller boire un coup sans rentrer traumatisée par une agression organisée sous prétexte que les femmes sont des cibles avant tout.

Je ne crois pas que montrer nos seins soit l’alpha et l’omega de la lutte féministe.

Par contre c’est sûr ça passe vachement bien à la tv, surtout dans une France qui aime à s’imaginer telle le drapeau de Delacroix, le sein dénudé par le feu de la bataille, en Liberté guidant le peuple.

En bref et pour finir, je pense qu’il y a chez beaucoup de jeunes femmes une vraie sincérité dans leur engagement et leur volonté de rejoindre les Femen pour se battre… Qu’elles prennent garde toutefois à ne pas venir simplement renforcer un mouvement à l’idéologie nauséabonde et totalement manipulé depuis sa création initiale.

Nous avons besoin de chacune d’entre nous, le combat est encore long devant nous, ne gâchons pas nos forces.

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Petit conseil : le très bon « L’Ukraine n’est pas un bordel », documentaire australien sur les dessous du mouvement, à voir si possible !

 

 

 

 

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